Claudie Hunzinger – Rencontre autour de son parcours littéraire et artistique :

animée par Emmanuel Antoine.
Dimanche 13 juin à 17h dans Jardins de la Chapelle Saint-Roch – Saint-Dié-des-Vosges.

Cette troisième rencontre dans les Jardins de Chapelle sera particulière parce qu’elle ne sera pas uniquement littéraire. Claudie Hunzinger est une auteure très connue mais aussi une plasticienne de grande qualité. Nous ferons donc un long voyage avec l’auteur à travers ses écrits, de Bambois aux Grands Cerfs et à travers ses œuvres plastiques toujours imprégnées de nature. Nous aborderons son île végétale et nous découvrirons la poétique d’un véritable choix de vie.

Photographie © Françoise Saur


Claudie Hunzinger, notes de la petite conférence à la médiathèque de Barr, donnée à l’automne 2020 :

Je suis venue vous parler de l’Île en montagne où je vis. 

Pour situer mon travail de plasticienne, qui est né de cette insularité, et dont une page d’herbe est exposée ici, j’ai apporté v’herbe, un catalogue de mes rechertches plastiques, coédité par cinq musées. quelques images que nous projetterons tout à l’heure.

Je vous parlerai aussi de mon travail d’écrivain, né aussi de mon insularité en montagne. Pour l’immustrer j’ai apporté Bambois, publié en 1973. Même si Bambois, n’est  pas un roman, mais un livre d’instinct, d’énergie, de jeunesse, une sorte de journal de bord rédigé dans l’urgence de l’action, il annonce mes autres livres. Il en contient les grands thèmes.  J’ai aussi apporté Les enfants des Grimm qu’on ne trouve plus et qui parle de mes années de recherche sur les plantes et les bibliothèques en cendre. Les grands cerfs vous seront proposés par la librairie présente ce soir.  

1

LA POÉTIQUE DU LIEU ET DES ÉLÉMENTS

Tout a commencé pour Francis et moi, en 1965. Nous avions 25 ans. Notre choix de vie, en lui-même, était déjà une poétique des matériaux et des éléments. Pluie neige troupeaux Gel toisons pelages nuages fenaisons herbes rochers moraines et jeunesse, immaturité, splendide immaturité. Si nous n’avions pas été fous, jamais nous ne nous serions installés dans de telles conditions. Nous n’étions sensibles qu’à la beauté qu’à la sauvagerie. Le confort ne nous intéressait pas. Seulement l’impossible.

LECTURE

« On ne s’était même pas rendu compte de ce qu’on faisait, en venant nous installer ici, Nils et moi. C’était d’instinct. Mais je suis sûre que même si notre arrivée dans les montagnes semble avoir été une façon juvénile, anarchiste, de bondir hors du cercle des adultes, il s’agissait avant tout d’une décision poétique. Quitter la plaine pour les montagnes a été une décision poétique, un bond poétique, plus tard, dans les universités, on a appelé ça « se déterritorialiser ». Et nous sommes devenus des maharadjhas solitaires au sommet de la montagne. La pire espèce, d’après Charlie Hebdo. Des maharadhjas sans eau courante, sans chiottes, sans salle de bain, qui se moquaient de l’arrivée des réfrigérateurs, des lave-linge, des lave-vaisselle, de la viande à tous les repas, et du « nous » politique, c’est surtout ça, lui préférant le « je » singulier. Qui avaient refusé la société et l’ennui, parce qu’à cette époque, la France s’ennuyait. Qui avaient préféré le désir et le secret. L’aventure. Nous étions partis avant mai 68. On avait pris les devants. Et qui préféraient Et l’impossible. C’était l’impossible qui était intéressant. » 

Nous n’étions pas venus sans bagages. Francis avait fait l’École de Berger à Rambouillet et c’était un fou de poésie.

De mon côté, je venais aussi avec un double héritage.

* L’importance, de la lecture, des écrivains et des poètes. De la littérature.

LECTURE

« Dans mon sac à dos, j’avais emporté des poètes plus qu’il n’en fallait. On les oubliait sous la pluie. Au fenil. On les répandait avec profusion et dégâts. On en faisait litière, ne vénérant pas davantage le verbe que les herbes. On les laissait traîner sur le lit et dans le lit où j’avais de longs tête-à-tête avec l’édition bilingue du De natura de Lucrèce.

 Ce poème très ancien et toujours devant nous, ce poème vraiment futur, prédisant notre fin, ce poème qui traînait dans le lit avec des brindilles de foin, je me suis tellement roulée dessus avec Nils qu’il est entré dans mes os et que je suis devenue bizarrement sensible aux phénomènes naturels. À commencer, sensible au hasard, à la façon dont l’imprévu, la surprise surgissent du vide, comme les oiseaux, comme la foudre qui avance à tire-d’aile, comme les météores, comme WOW. Et sensible ensuite aux lieux, aux montagnes qui fument, aux nuages, nuées, pluies, vapeurs, nuits d’hiver, givres, rosées, équinoxes d’automne et de printemps, sources, fontaines ; et sensible aux préludes de la Fin ; à la peste ; aux vents venus de l’illimité qui secouent les murailles du monde. Un jour, ils les démantèleront.

Dans mon sac, il n’y avait pas seulement Lucrèce. Francis Ponge aussi. Et Ponge, c’était comme si j’avais pris avec moi beaucoup mieux que des jumelles, dont d’ailleurs je me suis longtemps passée, comme si j’avais pris avec moi de quoi scruter La nature des choses et La fabrique du pré, Le bois de pin. Ils faisaient la paire, Lucrèce et Ponge pour illuminer l’intérieur de notre maison pourrie d’humidité, une vraie caverne, on n’imagine pas dans quel état elle était, cette métairie, les murs de notre chambre scintillaient de givre, au réveil, par moins 10°. Je me souviens encore, de Nils et moi, contenus dans cette cristallisation féerique où je vois aujourd’hui le signe qui annonçait notre vie à venir.

Dans mon sac, il y avait encore Pieds nus sur la terre sacrée, texte de Theresa C. McLuhan, photographies de Edward S. Curtis. Il nous a  donné le goût d’aller à travers la vie in the Indian way. On l’a dans le sang.

Nils, lui, venait plutôt du côté des Romantiques allemands, Eichendorf, Novalis, et des Russes de la Révolution, tout en étant proche de London et des vagabonds. Proche bien sûr, lui aussi, des poètes. À dix-sept ans, il possédait toute la collection des Poètes d’aujourd’hui, chez Seghers, plus de quarante. Blaise Cendrars, le numéro 11, son préféré. »

*Mon autre héritage, lui, est scientifique.

Je dois à mon enfance une familiarité avec les plantes et les bêtes. e pense que j’ai bénéficié d’un regard scientifique, qui me vient de mes parents. Et enthousiaste. Ainsi, mes frères et sœurs et moi, nous avons baigné dès notre enfance dans la connaissance des choses de la Ce qui m’a rendu réceptive à d’autres langages, à tout un faisceau de langages, au langage de la neige, du loup, de l’enfant, du vivant tout entier.  

Cette curiosité peut vous venir comme ça, sans forcément de passeurs, sans les parents. J’ai des amis qui d’instinct, par attirance personnelle, se sont approchés de cet autre monde, grâce à une rencontre, un hasard, une coïncidence. Très jeune, on m’a appris à distinguer un hêtre d’un chêne, un sapin d’un épicéa, un mélèze d’un douglas. Le douglas, quand on froisse ses aiguilles très souples, soyeuses, dégage irrésistiblement le citron. C’est un truc de famille.

Cette enfance que j’ai eue, m’a donc amenée à vivre dans mon île dans la double proximité des livres et des bêtes. Dans ce que Kafka appelle la COMMUNAUTÉ des HOMMES ET des BÊTES. Et même le tribunal des hommes et des bêtes.

2

LA POÉTIQUE DES MATÉRIAUX.

Avec tous ces bagages, quand nous sommes arrivés dans une sorte de nudité, sans confort, nous avons été sensibles à ce qui nous entourait. Et il a fallu vivre. Gagner notre vie. J’avais donné ma démission à l’éducation nationale. Plus de salaire.

Quand nous nous sommes installés, avec nos brebis (en même temps que les cerfs) dans ces parcelles abandonnées des humains, devenues des friches, nous ne devinions pas ce qui nous attendait. Au début nous avons été cloués sur place comme tout éleveur de bêtes. Impossible de les laisser un jour.

Qu’est-ce qu’on fait alors ? On explore son île. On en fait le tour. On creuse. L’immobilité devient un concept de vie et d’aventure.

Le troupeau de brebis. Boucherie.

On change. On achète un métier à tisser. pas question de faire des choses sages. On explore, on invente, on cherche.

Nous y avons vécu comme dans une île, comme des Robinsons prisonniers de leur île. Ce n’était pas un choix. Pas au début.

C’est grâce à la poétique des éléments et de la matière des choses que nous nous en sommes sortis.

Le tissage. Les races de brebis. Les manechs, les anglaises aux perruques de lord anglais. Les couleurs, les teintures sauvages. le côté brut de toute chose. L’aventure qui dilate les frontières d’un lieu restreint, d’un lieu dont on ne peut pas bouger, puis dont on choisit de ne pas bouger.

Et c’est comme ça, que forcés, nous sommes devenus les aventuriers d’une minuscule île en montagne. Et sur place, il faut me croire, nous avons découvert des continents. Nous avons vécu de nos découvertes.

En conclusion, avec le recul, je pense que nousavons été plus que des plasticiens, des chercheurs, physiciens de la nature, des explorateurs.

Annoncer les images, les recherches.

IMAGES PROJETÉES

  1. Paysages

Le troupeau.

Cette aventure a duré 15 ans.

  • Nine

En 1980, avec une tapisserie de 20m de long, 4m de haut, pour l’ Immeuble des parlenentaires européens à Strasbourg, nous avons terminé un cycle, vendu les métiers à tisser, gardé un très petit troupeau affectif.

  • Foins

Je me suis tournée vers une nouvelle exploration de ce qui nous contenait. Le pouvoir qu’a le végétal à se transformer en papier. Le papier des plantes. Réaumur. La cellulose. Refus d’aller au Japon. Rester dans l’Île, explorer l’île seulement elle. Les fenils étaient encore pleins de foin. Le foin, matière brute et simple, taoïste.

  • Crottes de lièvre et crottins d’âne.

Au passage, comme nous vivions au milieu des bêtes, les non domestiquées comme les lièvres et les cerfs, et les nôtres, les ânes qui avaient remplacé le troupeau de brebis, j’ai joué avec la cellulose de leur digestion. De leur déjection. Une installation de crottes de lièvre à l’atelier des enfants à Beaubourg. Une autre à Raversyde en Belgique flamande. Une autre de crottins de nos ânes dans un musée lapidaire sous une scupture gallo-romaine, représentant la première charrue tirée par un âne.  J’étais toujours dans les matériaux brut, grotesques, élémentaires, taoïstes de la vie simple.

  • Écritures des scolytes.

Nous n’étions pas seulement entourés d’herbages, de nuages, de plantes et de bêtes, mais aussi de tempêtes et d’un monde qui commençait à mal tourner. Pluies acides dans les forêts. Forêts fragilisées que les tempêtes abattaient. C’est alors que j’ai observé, puisqu’il n’y a pas de frontières entre nature et culture, qu’était à l’oeuvre dans les forêts des nuées d’insectes xylophages et typographes, des sortes de scribes de la catastrophe qui s’annonçait déjà. Et là encore, ce fit toute une exploration d’écritures. Chaque essence d’arbre avait son typographe à l’œuvre dont je relevais les textes par frottages.

  • Bibliothèques

De là, de ces sombres écritures de nature, je suis passée aux sombres écritures des catastrophes humaines et du désatre humaniste. C’est le cycle des bibliothèques en cendre. Années 80, années noires, difficiles. Punk. Je ne suis pas allée forcément dans le sens de noir c’est noir. Il ya dans le geste qui étais le mien de la tendresse, un sens de ce que nomme le care, puisque ces écrits dévastés, je les recousais, je les rapiéciais. Expositions : Hôtel Rothschild Paris, Livres mis en scène en 1985. Barbican Center à Londres. Musée d’art moderne de Zurich. Rencontre avec George Steiner, intellectuel parmi les intellectuels à Genève. Comment avez-vous osé ? Quelques années plus tard il me demandera une couverture pour son livre sur le Noir.

  • Immersion végétale

Et puis, soudain, je suis passée à autre chose. Ou bien c’est le monde autour de moi, sa force de renouveau, de vie, de vigueur, le végétal autour de moi, qui m’a fait tirée ailleurs. Plus loin. Et je me suis immergée dans le végétal.

  • Linguistique.

Et j’en ai mené une nouvelle exploration. Celle d’une linguistique. Là encore, je brouillais les frontières de ce que l’on commence seulement à brouiller : celles qui séparait la nature et la culture. Pour moi, tout est culture. La nature est culture. Textes. Si les forêts pensent, les prairies écrivent.

  1. FRAC

Pour clore ce cycle, il y eut l’exposition du Frac/Alsace, qui avait été un double retour d’exploration, celui de mon compagnon Francis avec les Terres des 50 grands crus d’Alsace. Et celui de spinoza/Spinoza, présentant l’inventaire de l’héritage de Baruch Spinoza, le philosophe de la joie, face à un buisson de prunellier, prunus spinoza.  Et d’une allée de grandes pages d’herbe. Inventaire qui quelques années plus tard, notre dernière grande exposition, a donné lieu à la présentation d’un Héritage de couleurs, aux Musée Unterlinden, présentant l’inventaire de succession de Grunewald. 

11.Médiathèque de Neuhof

Entretemps à l’entrée dans une médiathèque lieu de culture humaine, de pages de culture non humaine : Neuhof.

  1. Epfig

Ou à Epfig.

  1. Salagon

Ou encore à Salagon, une grande page sous un vitrail d’Aurélie Nemours.

Conclusion

Donc à la fois immobilité, enfermement, isolement, île, mais aussi aventure et découvertes. Richesses. Emerveillement. Trésors.

Les île cachent des trésors. Tout ceci fait que dans un minuscule endroit de la terre, dont nous avions la garde, nous avons pu mener une vie d’aventure. Mais en frôlant sans cesse la catastrophe.

LES ROMANS

Le lieu

L’écriture, ses thèmes, ne sont pas tellement éloignés de mes recherches de la nature des choses, selon Lucrèce.Mes livres sont nés de la même vie dans notre île.

Donc Bambois. Les enfants de Grimm. La Survivance qui parle de la recherche autour de Grunewald et qui est vendu au musée Unterlinden. Et peut-être ici, ou dans les librairies.

Et bien sûr Les grands cerfs dont je vous parlerai plus longuement.

Les grands cerfs et L’Affût. L’Affut. Les éditions du tourneciel. Un éditeur qui est un poète. Albert Strickler.

Lecture :

« Nous n’étions pas seulement des contemporains, les cerfs et nous, arrivés ici la même année du XXe siècle, nous étions des frères. Pareillement efflanqués, osseux, têtus, téméraires face aux éléments – et prudents, ne bougeant pas de notre coin, sachant qu’il valait mieux se faire invisibles. Eux et nous, pionniers des mêmes parcelles abandonnées par les humains, nous nous y étions faconné un même espace bourré de « refus », ronces et bruyères. Et de liberté, mais De liberté menacée. » 

Je reviens au lieu. A ce lieu où se parlent plusieurs langues. On l’a vu. Celle des herbes, vcelles des scolytes. Celles de la neige et du loup.

Nous étions plongés dans une infinité de civilisations. Celle de fougères-aigles, d’anciennes reines de la terre. Du rouge-orge. Du faucon. Celle des cerfs. Tout cela parce que ce lieu n’est pas au centre de la société, le centre dominbant et patrircal, mais aux confins. En tant que fille d’une mère elle^même fille d’une mère nous avons été assignées aux confins, avec les bêtes et les plantes. ce qui aujourd ‘hui est une force.

Parce qu’en tant qu’écrivain, nous parlons la langue dominante mais nous sommes riches des confins.

Je parle avec la langue dominante, patriarcale, des marges, des confins.

La question du genre que j’ai longtemps balayée de la main, revient vers moi avec insistance. 

Dans ce dernier roman, et celui que j’ai en route, je me sens chargée de quelque chose de nouveau, chargée de  mission comme si je prenais la parole pour ceux qui ne l’ont pas, qui ne l’ont pas dans le registre humain.

Ce thème – comment je me suis transformée en cerf- m’a fait réfléchir à des questions qui nous agitent aujourd’hui.

L’humanisme. L’animalisme.

Pour moi, quand j’observe un cerf, je me pose une question : est-ce que je ne serais pas en train de m’agrandir pas de lui tout en restant humaine ?  Pour moi, l’animalisme serait plutôt un humanisme augmenté. Des bois me poussent. Des sabots aussi. Et je me sent bondir.

Les grands cerfs est donc un livre sur les cerf et sur la la relation femme et bêtes.

Je leur donne toute leur place.  C’est mon premier livre dont les personnages sont des bêtes. Que j’y découvre et affirme une véritable communauté de destin, de fraternité, de compagnonnage dans un même lieu.

Lecture

« Sous l’épicéa, dans la fine couche de givre, il restait l’empreinte d’un corps qui s’y était posé la nuit. Celle d’un grand cerf devenu mulet que l’absence du poids de sa ramure tombée déconcertait ? On dit que les cerfs sont parfois tellement troublés par la chute de leurs bois qu’ils s’isolent du clan. Je me suis couchée à même l’empreinte, sur mes jambes repliées. Je voulais ressentir la perte, vivre avec la perte, porter ma tête comme si toute sa montée osseuse, tout son travail de l’année passée, chapitre après chapitre, était devenu inutile. Était tombé. Ce genre de méditation est assez vertigineux. On est vite pris d’une sorte d’ivresse. Celle du vide, de faire le vide. Tout y passe. Jusqu’à notre statut d’humain. Dans un vertige de décentrement, j’ai su soudain avec clarté que nous n’avions pas de destin singulier. Et pourquoi en aurions-nous un ? Parce que nous construisons des mairies, des cathédrales, et des musées ? Parce que nous écrivons des romans ? Parce que nous savons affamer, torturer, massacrer plus qu’aucune autre espèce ? Parce que nous savons tout détruire, si magnifiquement ? Non, ça ne suffit pas. Comme les bêtes, nous devons tout lâcher. Simplement. Sans au-delà. C’est obligé. Une équation nous signe. Nous devons passer par le deuil. »

J’ai cru un moment que c’était une position liée au genre, à la naissance.

Et là, parler de TostoÏ. Car cette sensibilité d’identification, n’est pas réservé aux femmles. le fémlinin n’est pas réservé aux femmes.  Les hommes n’en sont pas exclus. Et nous avons un rôle, artistes, écrivains. Bueuys qui berce un lièvre, un livre, Abramovic, qui tient un agneau.

Aujourd’hui nous avons un rôle. L’émerveillement ne peut pas aller sans l’indignation. Si on parle pas de la part d’ombre du monde, on est kitsch aujourd’hui.

Le kitsch

Qu’est-ce que le kitsch ?

C’est quand on contourne le sproblèmes. Quand on amoindrit l’horreur de la réalité. Quand on ne cherche pas à comprendre. Quand on ne parle pas de son indignation. Quand on n’alerte pas.

Extrait 2

« En dix ans. Ça s’est passé en dix ans. Sous nos yeux. Et j’en ai pris conscience seulement cet été-là. En dix ans, quelque chose autour de nous, une invention, une variété des formes, une extravagance, une jubilation d’être qui s’accompagnait d’infinis coloris, de moirures, d’étincelles, de brumes, tout ça avait disparu pour laisser place à un monde simplifié, appauvri, uniformisé, accessible aux foules et aux masses où les goûts se répandaient comme des virus. Et ce n’était pas un phénomène cloisonné mais un saccage général. Cet été, je m’en souviendrai toujours, je n’avais vu dans les prés que des papillons blancs, des piérides, tous pareils, et ils voletaient, du matin au soir, en une sorte de tourisme de masse. Mais où étaient passés le Flambé, l’Argus bleu, l’Aurore, le Robert-le-diable ? Et le James-la-joie ? Et le Virginia ? Et le Roberto ? Et l’Emily Dickinson? Et le Sylvia Plath ? Et le Grand Nacré ? Et les fourmis violantes avant l’orage ?

Chaque matin les journaux titraient une nouvelle extinction. Une nouvelle catastrophe. C’était l’été des catstrophes. Et personne ne s’émouvait. Comment la jeunesse qui n’avait pas appris à écouter les oiseaux, pourrait-elle regretter leur musique ? Pareils pour les papillons. Ils ne seraient aux yeux des nouveaux enfants rien de plus que les minuscules dinosaures volants du monde qui avait précédé le leur. Il me semblait entendre s’élever de la terre un immense Office des morts. Que personne n’entendait. »

14. ECOFéminisme

Pour terminer l’histoire de la couverture de J’ai lu.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s